Réf DT 37: « Faire du neuf avec du vieux »

23Août12

L’émergence d’une alternance politique à Maurice s’obstine à vouloir passer par la case Facebook, alimenté de « likes ».

Contrairement à lenthousiasme populaire autour du lancement du Ralliement Citoyen pour la Patrie, je ne suis pas emballé. J’entends déjà les « ban zournalis la nanyen zot pas trouv bon ». Je me propose d’expliquer ma position et partager mon scepticisme face à « l’émergence de cette troisième force politique » (sic).

D’emblée, qu’on soit d’accord. Je suis pour l’émergence d’une nouvelle force politique. Je suis d’accord que la classe politicienne actuelle ne répond pas aux nouveaux besoins et aux attentes de la société civile active, celle qui recherche de gens capables – et surtout intègres – à qui elle va donner le mandat de décider à leur place selon notre formule de démocratie représentative.

Cela dit, tout comme je ne croyais pas qu’Azir Moris était la réponse à cette demande de la population (ici et ici), je ne crois pas que le Ralliement Citoyen pour la Patrie le soit non plus. Cependant, avant de poursuivre, le disclaimer :

Extrait – le seul – d’une conversation sur Facebook avec une des animatrices du RCP

Je ne pourrai partager avec vous toute la teneur des discussions que j’ai eues avec une des dirigeantes du parti. Par contre, je vais en profiter pour formuler schématiquement un des commentaires dont je lui ai fait part et qui résume mon sentiment global: « On ne fait pas du neuf avec du vieux. » Démonstration.

Première interrogation : qui sont-ils ?

Bien sûr, nous savons qui ils sont.

M. Parvèz A. C. Dookhy est Président; M. Yannick Cornet est vice-président ; M. Ahmed Doba est vice-président ; Mme Shabana Raman est secrétaire générale ; M. Philippe Choong Yang est conseiller pour les affaires économiques ; M. Rajeev Gunput est conseiller pour le développement et le commerce ; M. Raj Moothoosamy est conseiller pour les affaires sociales ; M. Jean Lélio Wong est conseiller pour les affaires étrangères ; Melle Priscilla Sambadoo est porte-parole du parti ; Melle Mélanie Moutou est trésorière.

Cette question est rhétorique. Car si certains – uniquement certains – des noms peuvent vous sembler familiers, c’est sûrement à travers quelques publications éparses que vous aurez aperçues dans la presse – avec les photos des auteurs en vignettes pour bien mettre un visage aux idées, notamment dans la rubrique forum. Cela n’est toutefois pas une « réalisation » digne que de se constituer en parti politique et de se réclamer une alternance politique. Ce n’est qu’une tentative d’éveiller la conscience sur certains thèmes au mieux, étalage de sa réflexion, au pire. Quoiqu’il en soit, c’est l’action qui fait la notoriété du politicien. Et non pas les mots, bien que ceux-ci demeurent le point de départ.

On commence par se faire voir… et on collectionne pour la postérité

Deuxième interrogation : sont-ils de « bons » politiciens ?

Il y a environ deux ans, j’essayais de débattre de la question « cest quoi un bon politicien » sur cet espace à travers les propos de l’ancien député Sam Lauthan. Le Ralliement Citoyen pour la Patrie se propose justement de combattre cette idée du politicien, vue comme un anachronisme en déphasage avec les attentes d’une population informée. Si dans le fond, je n’ai aucune raison de douter de leur sincérité, dans la forme, c’est une autre histoire.

Certes, on n’est pas dans le même registre qu’avec les Krishna Athal. Comme je le formule dans le point plus haut je ne pense pas que les Parvèz Dookhy, Shabana Raman et autres soient animés par une forme d’opportunisme d’image. A la base, j’ai l’impression qu’ils utilisent des articles de presse dans une tentative pour construire l’avatar sain du politicien, celui bâti sur les débats d’idées. Mais en voulant faire le politique, les membres du Ralliement Citoyen pour la Patrie sombrent dans la politique.

Car une fois les premières couches de la stratosphère de la rhétorique passées, on sombre dans la politique-glamour, la pipolisation. En d’autres mots, le culte de la personnalité. A peine commence-t-on à parler des maux qui rongent le pays que soudain, on bascule dans le « moi ». Et on se retrouve à parler plus de sa personne que de ses idées et de comment répondre aux aspirations de cette tranche de la population qui réclament plus que la classe politique actuelle. Jusqu’à ce que le portrait occupe plus d’espace que les mots.

Extrait du portrait de Shabana Raman paru dans le magazine People

Troisième interrogation : « driven by the people » ou « driven for the people »

D’accord, je l’avoue. Mes critiques envers Azir Moris, et maintenant Ralliement Citoyen pour la Patrie, ont pour origine un fondement de romantisme. Dans l’idéal, l’émergence d’une troisième force politique à Maurice serait « driven by the people ». Ca serait une personne, ou un groupe, qui se distingue par une action quelconque : sociale, syndicale ou autre. J’appellerai ici cette personne ou ce groupe « l’activiste ». Une des conditions à ce stade devrait être que l’ambition politique ne dicte pas les actions l’activiste dès le départ. Le contraire, lui, mérite le qualificatif de roderboutiste.

Ainsi, l’activiste devrait être animé d’un sentiment de sincérité dans son action initiale. Pas de pipolisation, pas d’attitude politicienne. L’action de l’activiste aurait pour conséquence la fédération d’une partie de la population. Celle-ci poussera alors l’activiste dans l’arène politique. L’activiste devient alors politicien car la pression populaire le réclame parce qu’il incarne les aspirations dans lesquelles le peuple se retrouve. Ce n’est hélas là que le cheminement d’un scénario hollywoodien. Néanmoins, j’admets que j’en nourris mon romantisme.

De cet idéal, un juste milieu est tout de même possible. Malheureusement, avec les membres du Ralliement Citoyen pour la Patrie, on bascule à l’autre extrême. Contrairement à l’activiste, ils ne sont pas « driven by the people ». A la place, ils ont lancé leur parti comme on lance un produit commercial. La logique semble être la suivante : le sentiment général semble indiquer – du moins sur Facebook – qu’il y a une demande, les « likes » sont là ; on crée alors le produit ; on le place sur les rayons du commerce ; et on attend que les consommateurs se laissent tenter. En d’autres mots, « driven for the people ». On pense savoir ce que demande la population et on ose leur proposer une solution – qui reste encore à être définie.

Et dans la logique des trois points que j’explore, le Ralliement Citoyen pour la Patrie n’est en rien différent des autres mini-partis qui gravitent autour des partis majeurs de l’île. Ce n’est ici que du déjà-vu. En d’autres mots, on tente de faire du neuf avec du vieux. Pour ces raisons, je ne crois pas que le Ralliement Citoyen pour la Patrie sera une « troisième force politique », comme le présente – malheureusement – certains. Cette formule, la population n’en veut pas.

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12 Responses to “Réf DT 37: « Faire du neuf avec du vieux »”

  1. 1 Noor Adam Essack

    Peut-etre qu’il me manque certaines informations, mais je me demande qui voit vraiment dans ce groupe une « troisième force » et où y a-t-il « enthousiasme populaire » autour du lancement de ce nouveau venu sur l’échiquier politique mauricien ? Dans l’ensemble, je suis d’accord avec cette analyse.

    • Que ça fasse l’objet d’un article sur le site du quotidien le plus vendu du pays… je pense que c’est déjà une indication.

  2. 3 ledodo38

    Bonsoir, la lecture de votre opinion me laisse perplexe! Vous êtes en pleine contradiction – vous postulez pour l’avènement d’une nouvelle force politique et quand elle arrive, vous trouvez qu’elle ne répond pas à vos attentes, à votre vision « romantique » de la politique. Et cela, seulement 1 jour après la présentation officielle du parti? Monsieur, il faut vous réveiller, nous sommes en 2012. Des nouveaux outils de communication sont la, comme tout nouvel outil, il faut la maîtriser. Nous avons ici, un groupe de jeunes, pétri de nouvelles idées et plein d’espoir d’amener le changement pour nos compatriotes et vous, vous ne trouvez rien de mieux que de crier a la pipolisation de la politique et à la démagogie! Comment Obama et Sarkozy ont gagné les présidentielles? Comment s’est fait la révolution en Tunisie et en Egypte? Donnez un cours de communication politique et insufflez un peu de votre romantisme à ces jeunes. Moi, je demande à voir, leur laisser du temps pour s’installer. On jugera sur pièces. Libre à vous de préférer des révolutionnaires; moi je préfères des jeunes qui ont la tête sur leurs épaules.

    • Je vous remercie pour votre commentaire. Le but de diffuser ainsi mes reflexions est justement de les confronter aux autres. Ainsi, dans l’ordre:

      1. Non, pas de contradiction. Cet article doit être lu comme la suite des deux autres sur Azir Moris et Wanted 15,000.

      2. Je savais que ma vision romantique allait m’exposer à des critiques, mais il était temps que je présente ce scenario « idéal », un de ceux qui pourraient marcher face à l’hégémonie des deux blocs, selon moi. Vous passez tout de même à côté de la partie essentielle: « un juste milieu est tout de même possible« . Dans ce dernier, on est dans un cas de figure moins utopique, mais où ça peut toujours marcher, plus difficilement, certes. La situation actuelle étant ce qu’elle est, non.

      3. Obama et Sarkozy avaient tous deux un lourd vécu politique avant d’orner les pages glacées des magazines people. Même avant de lorgner les primaires. Il faut d’abord faire ses preuves auprès d’une base critique, ensuite se vendre. L’inverse ne marche pas.

      4. Vous semblez surestimer le pouvoir des réseaux sociaux. Ces derniers ne sont que l’outil. Le contenu détermine tout. Notre diagnostique social ne correspond pas à celui de la Tunisie ou de l’Egypte. Le contenu n’est pas le même, la réponse de la population, encore moins. D’ailleurs, les 15,000 ne l’ont-ils pas prouvé: 25,000 sur Facebook, 2,500 en vrai?

      5. Vous semblez aussi surestimer l’influence de ce blog. Non je ne cherche pas à tuer le mouvement à son premier jour, je n’ai pas cette prétention, encore moins la capacité. Je propose une grille de lecture. S’il s’avère qu’ils prouvent le contraire, je dirai tant mieux. Je m’attèlerai alors à comprendre leur succès et à essayer de l’expliquer. Là-dessus, je suis d’accord avec vous: on jugera sur pièces.

      P.S « L’activiste » n’est pas un révolutionnaire! Simplement quelqu’un avec de fermes convictions et qui va jusqu’au bout de sa démarche! C’est ce que je regrette, l’absence des jusqu’au-boutistes!

      • Btw, Obama did not have a rich political experience. He was a noobie with just 2 years in the senate (and that’s it). He did write a book, though.

      • I suppose 2 years in the Senate gives you more realpolitik experience, ergo credibility, than 20 years of press conferences…

  3. Why are you wasting your time with these loonies? They are « weaker » and have a higher change of failure than the MPM and Azir Moris (who were doomed anyway) because:
    1. We have already witnessed two failures (zot nepli ena l’effet surprise).
    2. They were set up by expatriates with zero political experience. (MPM ti set up en France par enn ancien « militant » ki ti lor terrain pou election 2005 ek Azir Moris …)

    I note ki ena 2 photos pretty head. 😛

    Bon, you know damn well that, until the population is forced to consider a change: unemployment rate of 40 %, communal riot with body count larger than Feb 1999, no more telenovelas on TV … nothing will happen.

    iam pridem, ex quo suffragia nulli / uendimus, effudit curas; nam qui dabat olim / imperium, fasces, legiones, omnia, nunc se / continet atque duas tantum res anxius optat, panem et circenses. — Juvenal

    • J’ai résisté à la tentation de répondre à chaud sur cet item, mais il fallait que je précise quelque chose.

      « I note ki ena 2 photos pretty head 🙂 »

      Je ne fais pas dans ce registre. Cependant, j’ai eu une courte conversation avec un de mes collègues sur la présence de cette capture d’écran: était-ce éthique? Un « off » est un « off » en journalisme. L’éthique du bloggeur est légèrement différente. Je ne vais pas entrer dans ces subtilités, mais l’inclure ici était volontaire.

      Je tente de démontrer que cette nouvelle politicienne a déjà un discours public et un discours privé. On l’a tous, surtout les politiciens. C’est d’autant plus frappant ici parce que c’est une personne qui dit vouloir faire les choses différemment. S’adonnant an jeu de « life politics » d’un côté et ensuite insinuer qu’on a un double langage de l’autre revient à faire usage « du vieux ».

      Cela implique que l’on a un discours caché, ergo quelque chose à cacher. Un agenda? Des ambitions plus mainstream? Ce n’est probablement pas le cas. Mais en jouant des notes discordantes, cela ne sert pas la cause du RCP. Une fois de plus, il font dans le contraire de ce qu’ils prêchent.

    • « I note ki ena 2 photos pretty head. »

      C’est le délit de belle gueule à ce que je vois…? 🙂

  4. 10 louos

    once in awhile we need to laugh and Rcp jays provided that..they are a bunch of amateurs . Th e leaders are more image than anything else

    • It would have been funny had it been a parody. But it’s not. Let’s not slate them, we can only point to their weaknesses and help the movement mature into a significant movement.


  1. 1 Réf DT 38: Le choix du refus « ~ www.doublethink.tk ~

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