Réf DT 35: « Opinion-leader » ethnique en trois étapes

06Juin12

Caricature de Deven T du 30 mai 2012 (source: http://www.lemauricien.com) – l’ambivalence de la position de Deven T, qui nous avait habitué à un certain discours, a dérouté plusieurs lecteurs.

Cet événement me permet de boucler un argument sur lequel je n’ai pas eu l’occasion préciser ma pensée jusqu’à présent. Il y a un peu plus d’un an, d’un autre hémisphère, j’écrivais:

C’est vrai aussi que « la liberté des uns s’arrête la où commence celle des autres », mantra de cet espace. Toutefois, voyons les choses comme elles sont : c’est la sensibilité et le tact de pouvoir discerner entre « ce qui se fait » et « ce qui ne se fait pas » qui définit les contours de la« tolérance » liant les multiples composants de notre société. Dans d’autres cercles, on l’appelle aussi le « respect »: cette réaction, pas toujours rationelle, qui consiste à ne pas juger l’autre pour ses pratiques qui n’ont pas de sens à nos yeux.

C’était dans le cadre du premier volet de mes articles « Etonnements« . Depuis, j’ai eu plusieurs conversations avec un ami sur ma notion de « ce qui se fait » et « ce qui ne se fait pas ». Je me permets de partager avec vous un extrait de la conversation telle que je m’en souviens aujourd’hui:

– Alors? Comme ça pour toi dans une démocratie, il y a des « ce qui se fait » et des « ce qui ne se fait pas »? Bravo…
– Je ne sais pas. Des fois il faut avoir le reflexe de s’arrêter, non? Avant que l’on ne te le demande?
– Et c’est où? Et qui trace ces limites?
– Ca dépend des gens, ça dépend des situations…
– Un exemple.
– Par exemple personne ne peut empêcher quelqu’un d’ouvrir une boucherie commercialisant du porc à Plaine Verte… mais ce serait non seulement un suicide commercial mais un manque de respect flagrant menant à un « suicide à travers autrui »! « Ca ne se fait pas », point.
– De la provocation?
– Exact, de la provocation…

Ce qui nous ramène à l’affaire de Susheela Raman. Les événements se sont déroulés ainsi: on censure Susheela Raman, le ministre intervient une première fois, puis revient sur sa position, la résistance civile s’organise, d’autres voix officielles de l’Etat s’élèvent contre le ministre et finalement, le ministre s’enfonce davantage.

La chanson de Susheela Raman, constitue-t-elle de la provocation? Oui, à en croire les associations socioculturelles. Cela implique que les chansons à caractère religieux leur appartient – et à ceux qu’ils estiment avoir le droit de les interpréter. En d’autres mots, ils s’approprient de la religion/culture tamoule, et se constituent en autorité qui décide « ce qui se fait » et « ce qui ne se fait pas ».

Sauf que, là, j’ai du mal à voir l’élément de la provocation. Contrairement aux sous-entendus de la caricature de Deven T, le concert n’a vu ni danse, ni consommation d’alcool, ni consommation de nourriture non-végétarienne. Ce que je vois est le schéma parfait du guide pour créer le symbole d’une autorité socioculturelle, un « opinion-leader » ethnique. Ce cercle vicieux perpétué depuis des années à l’île Maurice:

Une personne issue d’une minorité de gens d’un groupe ethnique s’autoproclame l’« opinion-leader » de la majorité de ce groupe -> provoque des situations conflictuelles pour justifier ce rôle d’« opinion-leader » auprès de ce segment -> utilise l’argument de la voix – apparente (faute d’avis contraire majoritaire) – du segment pour demander la validation par un ministre de son statut d’« opinion-leader »  -> retourne vers le segment de la population et justifie son statut d’« opinion-leader » du groupe, car l’autorité – le ministre – le reconnaît comme tel. Le tout, estampillé par la presse.

La boucle est bouclée et l’« opinion-leader » est né: le nom de Menon Murday est tout à coup connu de tous, surtout ceux qui n’était pas familiers avec la composition de l’exécutif du Tamil Temple Federation. Pour ce dernier « good or bad publicity is publicity ». Il a réussi son coup et sera probablement sollicité demain pour parler au nom de la communauté tamoule. Il sera probablement aussi considéré pour une nomination politique lorsque les gouvernants voudront marquer des points à travers du clientélisme politique. D’autres validations de son statut  d’« opinion-leader ».

Au fil de futures polémiques – et il y en aura – je reviendrai sur cet article pour peaufiner ce mode-d’emploi. En attendant de répondre à des commentaires et des critiques.

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