Réf DT 25: Confessions de journaliste

10Mar10

Erigés en héros pendant les années 60-70, les journalistes ont perdu leur rang depuis.

On m’avait prévenu que ça allait arriver tôt ou tard. En écrivant cet article, je risque d’associer cet espace à mon activité professionnelle, chose à laquelle j’étais farouchement opposé jusqu’à présent. La fine ligne est franchie. Un article publié dans mon canard la semaine dernière a provoqué l’ire et m’a attiré les foudres des jeunes – et pas si jeunes – partisans du Parti Travailliste et du Mouvement Militant Mauricien sur les pages Facebook respectives des ces deux partis politiques. On m’attaque, on m’impute des motifs malveillants on m’attribue des connexions visant mon intégrité professionnelle.

Pourtant, j’ai l’habitude. Dans le métier, on dit souvent « un bon journaliste est un journaliste qui est détesté ». Sans concession, sans parti pris, sans allégeance politique ou économique, nous réclamons ainsi notre indépendance. Une façon de nous dissocier des publicitaires ou des professionnels des relations publiques qui ont juré allégeance à la mission mercantile de leur entreprise. Traditionnellement, les journalistes s’agrippent toujours aux principes qui font de leur métier une activité noble et romantique. Mais les temps ont changé. La presse est aujourd’hui une industrie avec des considérations mercantiles.

Cet incident me donne l’occasion aujourd’hui de revenir sur des réalités de la fonction de journaliste à Maurice. Traditionnellement, la presse est considérée comme le quatrième pouvoir, le chien de garde de la société. Contre-pouvoir, le journaliste veille, mais ne se substitue jamais aux politiques, aux syndicalistes ou autres acteurs de la société civile. Le combat est toutefois le même lorsqu’il s’agit d’œuvrer dans l’intérêt du public. J’espère ainsi mettre les points sur les « i » sur mon activité professionnelle. Et les politiques, et les partisans de ces derniers, gagneraient à prendre conscience de ces réalités.

Idée reçue 1 : Le journaliste doit être objectif

FAUX ! A Maurice, le Newspaper and Periodicals Regulations 2001 établit une différence entre un « reporter » et un « journalist ». Le premier constate et rapporte les faits. Le second constate, rapporte et commente les faits. Dès lors, la notion de raconter une nouvelle change drastiquement. Informer est aujourd’hui la mission des radios, de la presse en ligne, de twitter ou encore de Facebook. La tendance mondiale force le journaliste de la presse écrite à se métamorphoser en « journanalyst ».  Pris entre la tradition de la presse anglaise (acteur actif des débats d’intérêt public) et française (contre-pouvoir et de gauche), le journaliste mauricien oscille entre les deux. Il est alors question d’aller au fond du sujet, d’analyser, de mettre en perspective… et de prendre position. La notion de l’objectivité n’existe plus. Nous parlons aujourd’hui d’être « fair and balanced ». C’est précisément ce changement qui a provoqué l’apparition des signatures dans les journaux. Les propos sont ainsi attribués à la personne qu’est le journaliste. Nuance : le journaliste ne devient pas éditorialiste. Ce dernier signe un papier d’opinion. Le journaliste se permet de commenter et de prendre position. Que cela ne plaise ou pas, c’est une vérité avec laquelle il faudra faire.

Idée reçue 2 : La presse mauricienne est homogène

FAUX ! A Maurice, la presse peut être divisée en trois catégories : « la petite presse » (financée par des entrepreneurs individuels), « la presse politique » (les organes de presse des partis) et, traditionnellement, ce qu’on appelle dans le métier « la grande presse ». Toutefois, il existe de moins en moins de délimitations entre ces catégories à cause de la dynamique économique du secteur à Maurice. Mais au final, cela se résume à un fait : le produit audiovisuel ou imprimé reflète les aptitudes des personnes qui le produisent, point à la ligne. J’étais d’ailleurs personnellement surpris de voir une rédaction de « la petite presse » composée de jeunes diplômés en droit ou en science sociales de l’université de Maurice. Face aux exigences qui découlent de l’idée reçue 1, aujourd’hui les rédactions sont forcées de se tourner vers de jeunes qui ont un potentiel de capacité d’analyse. Une formation académique est, en théorie, requise. Toutefois, l’expérience ne s’acquiert qu’en s’exerçant. Ainsi, si un journaliste présente des manquements, seul l’employeur est responsable. Car c’est lui qui a décidé de lui accorder cette responsabilité à la base.

Idée reçue 3 : Le journaliste promeut un agenda politique

FAUX ! Je pense connaître l’origine de cette croyance populaire. Le journalisme à Maurice a toujours été marqué de prises de positions pour des intérêts quelconques. D’ailleurs, la liberté de la presse a été obtenue en 1832 par Adrien D’Epinay, qui militait… contre l’abolition de l’esclavage. Par la suite, cette idée a été renforcée par la présence accrue d’anciens du Mouvement Militant Mauricien dans la presse mauricienne lors des années 70. La raison : ils étaient parmi les rares à avoir les outils d’analyses sociales et sociétales nécessaires pour pratiquer ce métier. Et comme conclu par l’idée reçue 2, le produit n’était finalement qu’un reflet de ce qu’ils sont au fond. Aujourd’hui, à Maurice, nous avons une presse relativement jeune. Une génération qui a vécu son adolescence pendant les années 90. Le militantisme politique se fait de plus en plus rare. Seuls les rares de l’ancienne génération ayant eu des frottements avec le monde politique conservent des tâches de couleur politique. Cependant il y a aussi les jeunes journalistes ambitieux et arrivistes qui se sont associés à des partis pour leurs gains personnels : contacts privilégiés ou autres avantages.

Idée reçue 4 : Le journaliste n’a pas de comptes à rendre à personne

FAUX ! Le journaliste est un citoyen comme un autre et a des responsabilités comme tout autre employé. Le journaliste répond à la direction de son entreprise, celle-là même qui décide si oui ou non il a les aptitudes pour bien faire ce métier. Prolétaire, le journaliste est aussi soumis au diktat du mercantilisme qui envahit de plus en plus la presse à travers le monde. C’est ce qui explique souvent les accusations de parti pris ou de textes téléguidés. Mais toute entreprise de presse qui se respecte établit clairement la délimitation entre un texte éditorial et un texte publicitaire (publireportage). Au final, le journaliste n’est attentif qu’à un seul jugement : celui du public. Et non pas celui des entreprises commerciales ou des politiques. La performance d’un journaliste ou d’une équipe éditoriale se mesure à la réponse du public tant au niveau des chiffres de vente du journal, tant au taux du lectorat. Le journaliste se présente comme un gardien mais est aussi sujet aux critiques de ceux qu’il est sensé protéger : la population.

Edit

Idée reçue 5: Le journalisme doit être sujet au contrôle de l’état

FAUX ! Le débat autour de mon article a débordé sur le sujet. Même si parsemé à travers plusieurs textes de loi, il existe déjà tout un arsenal légal pour réglementer la presse à Maurice. D’ailleurs chaque année, plusieurs cas sont référés à la justice mauricienne. Si on n’entend peu parler de ces cas, c’est uniquement parce que dans la plupart des situations, un arrangement financier est vite trouvé: les gens lésés aiment se faire compenser par l’argent. Revenons au débat. Un Media Commission est une épée de Damoclès sur la tête des médias. La presse est connue comme le 4ème pouvoir justement parce que dans la séparation des pouvoirs telle que dessinée par Montesquieu et Locke, la société civile ne s’y retrouve pas. Surtout dans un système ou le législatif et l’exécutif sont presque unifiés. Et encore moins dans une démocratie représentative, où elle a un mot a dire uniquement chaque cinq ans. Un Media Commission est trop de pouvoir à un gouvernement. Surtout si celui-ci obtient une majorité parlementaire, pouvant faire passer des textes de lois sans que personne ne puisse s’y opposer. La presse contrôlée – à défaut d’être muselée – la société civile aura perdu sa dernière voix dans les affaires d’Etat. La boîte de Pandore ouverte, on peut imaginer l’état des choses par la suite. La solution demeure l’auto-régulation par l’ensemble de la profession. Malheureusement, celle-ci n’est pas assez unifiée pour que naisse une telle instance. Pour l’instant.

Cette liste n’étant pas exhaustive, je me permettrai de rajouter des « idées reçues » auxquelles ne n’ai pas pensées par la suite. S’il vous arrive de noter quelques points sur lesquels je ne me suis pas arrêté, veuillez m’en faire part s’il vous plait.

Je me rends aussi compte qu’en faisant cet exercice, je m’expose à des critiques démagogues ou encore d’autres idées reçues. Je vais tenter d’y répondre. Du moment que ces accusations soient formulées dans le respect de tout en chacun, sans sombrer dans de basses attaques personnelles.

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3 Responses to “Réf DT 25: Confessions de journaliste”

  1. c’est longggggggggg. vais lire demin

  2. 2 Torpedo

    On peut lire sur
    http://www.lexpress.mu/story/12254-sondage-une-etude-de-tns-analysis-revele-que-79-des-internautes-preferent-lexpress-mu.html

    « D’autre part, Alexa, le site américain qui audite le taux de fréquentation des sites Internet, classe de son côté lexpress.mu à la 13e place, devant des sites d’envergure planétaire tels que Twitter, classé 15e et ebay, 17e. Et ce sont les géants, à l’instar de Google, MSN ou encore Youtube, qui se trouvent en pole position.  »

    Tout le monde crie bravo, mais, de toute évidence après vérification faite sur http://www.alexa.com/siteinfo/lexpress.mu# il est clair que l’express n’est que 13ème à Maurice, et 55,425ème au monde…

    Comme quoi, il te faudra abattre une 6ème idée reçue…

    Mais autre chose, la censure des internautes par la presse, tu connais? Non? Ben essaye de poster ce type de commentaire et observe la réaction…

    • Ce papier avait fait l’objet d’une mini-polémique dans les rédactions ici. Ces discussions ne débordent toutefois pas dans l’arène publique, car il s’agit de notre cuisine interne. Et en tant que professionnels, nous ne nous chercherons jamais des excuses.

      Il s’agit ici d’une erreur de la fonction du « secrétariat de rédaction », qui corrige les textes après l’écriture par les journalistes. Ce n’est pas dans mon habitude de défendre mes collègues, mais dans ce cas, l’erreur était génuine. La phrase aurait du être:

      « D’autre part, Alexa, le site américain qui audite le taux de fréquentation des sites Internet , classe de son côté lexpress.mu à la 13e place, à Maurice, devant des sites d’envergure planétaire tels que Twitter, classé 15e et ebay, 17e. Et ce sont les géants, à l’instar de Google, MSN ou encore Youtube, qui se trouvent en pole position. »

      Deux mots qui nous auraient sauvés du bûcher.


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