Réf DT 11: Déclarons la guerre à la Réunion!

13Oct09

Le concept à Rs 31 millions d'Acanchi

Le concept à Rs 31 millions d'Acanchi

J’ai pris mon temps avec “Mauritius: C’est un plaisir”. Les critiques n’ont pas tardé à pleuvoir et les pros ont aussitôt répliqué. Pendant ce temps, la première réaction que j’ai eue était « Bon. Ca s’est fait ».

En tant qu’ancien membre de la garde prétorienne du monde de l’abstrait, objectivement, j’étais ouvert aux explications des uns et des autres sur la composition graphique, sur le choix des couleurs, sur la thématique, le choix des langues mixte. Et j’ai aussi vu des contre-propositions défiler sur la blogosphère. Je demandais à être convaincu.

Finalement aujourd’hui, j’arrive à formuler un jugement. Mais contrairement aux autres, je ne me pencherai pas sur le produit fini, mais plus sur le processus de réflexion. Là-dessus, je suis du même avis que Rabin Bhujun, rédacteur en chef de l’express dimanche.

Invité sur le plateau de Radio One vendredi dernier, il a mis le doigt de la principale difficulté d’un tel exercice de branding : si une nation n’arrive pas à se définir, ne serait-ce en quelques phrases, comment procéder dès lors pour le définir en un mot ? C’est simple : on ne peut pas.

Ne cherchons pas loin. Que nous apprend-on à l’école dès notre plus tendre âge sur Maurice, dans le registre « notre nation » ? Les Hollandais, les Français, les Anglais. Jusqu’ici, rien de très mauricien. Les seules choses endémiques demeurent : le Dodo, la canne à sucre, les montagnes et les rivières.

Et puis, il y a l’illustre Motherland, plus connu comme « Glory To Thee » et le symbole du quadricolore. Ce même drapeau dont l’inspiration qui définit  ses contours jusqu’à aujourd’hui a été faussé par l’histoire, telle qu’on nous l’enseigne : il ne s’agit pas de la lutte, de la mer ou du ciel, du soleil et de la canne à sucre comme m’a fait croire ma prof au primaire. Mais les couleurs des composants de la société mauricienne et des partis politiques qui les représentait chacun.

Après 41 ans d’indépendance, il ne faut pas s’étonner aujourd’hui que le terme « Mauricien » sonne creux. L’exercice de branding est fait pour un public étranger. Mais quand le corps n’a pas d’âme, c’est à ce moment que nous leur proposons « Mauritius, c’est un plaisir ». Le véritable exercice de branding passe d’abord par un travail introspectif. On aurait du formuler d’abord notre définition, avant de l’expliquer aux autres.

J’arrive à mes propositions. Changeons d’abord le quadricolore. Toute personne ayant un minimum de sens esthétique vous le dira : le rouge, le bleu, le jaune et le vert ne sont pas compatibles sur la même planche. Jetez un coup d’œil sur les drapeaux des autres pays. Ils ont été réfléchis, conçus à partir des théories d’harmonie des couleurs, arborant un symbole fort des fois : la Roue Mythique pour l’Inde, la feuille d’Erable pour le Canada, la Kalachnikov pour certains pays africains. Dans ce sens, le notre est un échec.

Puis, changeons l’hymne national. On nous l’apprend par cœur à l’école. En anglais ou en français – oui, j’ai eu droit à la version française. La musique et les paroles semblent avoir été conçues par et pour les Anglais. Rien de tout ça ne nous parle, rien ne nous envoie à un épisode phare de notre histoire, une image forte sur lequel chaque Mauricien peut se renvoyer visuellement et automatiquement porter sa main au cœur fièrement. Il nous faut une telle image. Certainement pas celle de Sir Seewoosagur Ramgoolam ou Gaëtan Duval.

Une fois les symboles redéfinis, il faut donner un sens à tout ca, insuffler de la vie dans le nouvel être. Et là, j’arrive au seul moment où Maurice a réellement vibré tel un seul corps : les Jeux des îles de l’Océan Indien de 2003. Je n’ai personnellement pas vécu ce moment, mais à voir les étincelles dans les yeux des gens qui le racontent avec nostalgie, je peux jauger de « la nation » pendant ce moment.

Ce sens d’appartenance sporadique n’a rien de sorcier. Carl Schmitt l’explique clairement dans sa théorie Néocon : pour avoir une société, il nous faut un ennemi. Les Jeux des îles de l’Océan Indien nous avaient offert ces ennemis, et nous nous étions regroupés pour les affronter. Le seul instant dans les 41 années d’histoire de Maurice, où le quadricolore a véritablement flotté avec fierté, où il a représenté quelque chose, où les habitants ont frissonné en entendant le « Glory To Thee ».

Je ne sais pas si Acanchi avait ces informations en main, mais ils auraient du. Ils auraient alors compris que le Mauricien est démagogue et menteur – ou « politically correct » – lorsqu’on le confronte publiquement ou dans le cas d’une étude à ses instincts primaires. Sur cet argument uniquement, l’étude d’Acanchi est faussée. Je ne vais pas vous faire un dessin sur l’effet domino que cela a entrainé sur le produit fini. De mon côté, mon jugement est fait.

Un véritable exercice de branding aurait d’abord du passer par le fait de resserrer les rangs des Mauriciens en définissant une ennemie commune. Moi, j’ai déjà ma petite idée qui n’engage que moi : déclarons la guerre à la Réunion !

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6 Responses to “Réf DT 11: Déclarons la guerre à la Réunion!”

  1. 1 Kiki

    Ah ben voila une bonne idée!!! Mais cet ennemi commun est un peu trop puissant. Ils vont inévitablement pleurnicher auprès des zoreils qu’ils détestent tant quand ils n’ont pas besoin d’argent… Je propose comme ennemi commun Madagascar : L’Île est plus grande (on commence à être à l’étroit ici), elle a tes totoches de ressources naturelles et côté défenses militaires, même la Special Mobile force pourrait plus ou moins faire l’affaire.

    • A postériori… Mon collègue de bureau me dit toujours que c’est une bien mauvaise idée. Une équipe du GIGN serait assez pour mettre ce pays sens dessus-dessous. Finalement je pense que vous avez raison Kiki!

  2. 3 Fred

    Madagascar… Je sens venir une multitude de complications… De fait, tout le monde sait que la France n’intervient JAMAIS dans les changements de régime de la grande île!

    Je vous propose un plan C:
    Vous accordez l’indépendance à Rodrigues, puis vous déclarez la guerre à ce nouvel État et procédez à son annexion!
    🙂

    • L’argument de mon collègue en question: une équipe de G.I.G.N armée d’une grenade suffirait pour immobiliser Maurice pendant plusieurs jours: il suffit de balancer la grenade sur l’autoroute juste après Port-Louis… et Maurice ne fonctionne plus! Donc déclarer la guerre à la Réunion n’est malheureusement pas une solution envisageable. Quant aux Rodriguais, ils sont trop pacifiste pour imaginer leur faire la guerre! Une invasion équivaudrait à la même formule que maintenant.


  1. 1 Le taxi le plus cool de l’île Maurice « Sans concessions
  2. 2 Réf DT 32: Étonnements III* « ~ www.doublethink.tk ~

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